Mue se situe à la croisée de la création textile et de la photographie.
À partir de rencontres menées dans un club de boxe savate, le projet interroge la manière dont le corps en action — corps discipliné, en tension, en quête de performance — peut devenir un territoire de création plastique, un support de projection, une matrice de récits.
La photographie devient un outil de transformation de la représentation du corps sportif. Les gestes, les pauses, les rythmes sont captés — autant de formes qui constituent un travail plastique de superposition, de coupe, d’assemblage textile. Des fragments photographiques issus de moments de combat sont insérés dans des compositions textiles tridimensionnelles : images en volume, enchevêtrées, posées sur ou sous des couches de tissu, comme les strates mémorielles d’un corps en devenir.
Parallèlement, les adhérent·e·s du club ont été invité·e·s à imaginer un super-vêtement : une tenue spéculative et augmentée, pensée comme une extension. Dépassant la fonction utilitaire du textile sportif, ces vêtements deviennent des outils de projection symbolique.
Je poursuis également mes recherches autour du collodion humide afin d’explorer et introduire une matière sensible où l’image semble flotter, suspendue entre apparition et effacement. Le collodion sur plexiglas coloré vient questionner la lisibilité de l’image, sa densité, sa transparence.
Sortie de son support photographique traditionnel, l’image glisse dans un entre-deux, à la fois corps et surface, objet et trace. Ce déplacement ouvre une réflexion sur la possibilité de « voir à travers », de projeter son propre imaginaire dans ces figures photographiques transitoires. Loin du portrait figé, il s’agit ici de créer des présences poreuses, des images habitables, où chacun peut reconnaître ou fantasmer sa propre puissance.
Mue explore les frictions entre deux langages matériels qui, ensemble, traduisent les états de transformation du corps, de nouveaux récits corporels. Le tissu dialogue avec l’image, fixe, mais ici rendue fluide par la lumière, la
transparence, le montage.
Projet mis en œuvre dans le cadre du réseau Diagonal
- 8 impressions jet d’encre tendues sur chassis affleurant
cadre sur mesure, habillé de textile, formats variables
- 9 collages photographiques et textiles, formats variables
- 15 collodions humides sur plexiglas 26x39cm, encadrement en plexiglas